Notule sur les Flandres

Anvers

Il y avait le beffroi gothique sous un ciel lunatique, et la dentelle minérale rehaussée de dorures. (Quelque part, une frituur fumait dur.) La mer du Nord, aussi, ce dernier terrain vague d’une nation déchirée. Elle était fraîche et lisse ; elle avait du sable blanc sur la bouche, et des villas serrées sur sa promenade.

Je crois que j’ai vu un pays qui n’existe pas. Lorsque tout est là comme une évidence, les frontières et les cartes sont obscènes. On comprend bien la violence des États quand on foule le cadavre d’un perdant. Mystification, les tracés ! Qu’on le nomme ou pas, un cœur est fait pour battre. On a tort de croire qu’un peuple est défini par les barrières qu’on lui met. Simplement, c’est fonctionnel, moderne − après tout, il faut s’organiser.

Comme j’essayais d’attraper le fantôme du comté, je voyais se dissoudre le nationalisme flamingant. On entendait souvent ce cri : « Vlaams belang ! », qui claquait dans les oreilles comme un vilain drapeau. C’était sale… Grossier… L’histoire des Flandres au contraire est ouvragée, cousue de fils fins et nombreux.

Le lion qui marche est pour un temps le symbole d’une nouvelle violence, d’une autre division. Bien sûr, le béton d’Oostende ; évidemment le port d’Antwerpen. C’est très émouvant, et après?… À Brugge les touristes sont les mêmes qu’à Chamonix et Montmartre. En France, on n’a jamais su écrire Duunkerke. C’est que notre pays est autrement plus brutal que la Belgique. Un des meilleurs dans la cruauté. Notre bout des Flandres, vous imaginez bien qu’on l’a poncé, qu’il n’en reste pas grand-chose.

Nationalistes : quand on est un poisson qui mange d’autres poissons, on ne peut pas se plaindre d’être mangé par un poisson qui mange d’autres poissons.

(Crédits photographiques : installations industrielles dans le port d’Anvers. Photographie par l’auteur.)

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