Note sur la mort

Mer calme à Palavas

Faut-il avoir peur pour faire quelque chose de sa vie ? Depuis deux ans, je suis terrorisé. Il me semble que la mort est partout, dans tous les plis de la peau du monde, qu’elle me guette depuis ses abris introuvables. C’est vrai que l’existence est jouée d’avance ; tout est fléché pour indiquer une direction unique. S’il faut avoir peur pour avancer, vraiment, je fais du chemin.

Pourtant, l’été est arrivé avec ses chariots de fleurs ; les filles dans la rue sont légères et dorées ; mes yeux capturent des ciels parfaitement lisses ; Paul Nizan dans ma poche promet des voyages en métro bien employés. Que la mort me surprenne ici ou là, je reste un détail. L’ego, évidemment, n’aime pas ça.

J’ai passé bien des jours à danser sur de pauvres musiques, aujourd’hui j’ai le cœur à la mélancolie, bientôt trente ans et toutes ces choses à apprendre, un corps à inventer sans cesse et un cerveau insatiable. Quelquefois j’aimerais m’allonger quelque part, au bord d’une rivière du Berry, sous des arbres fins ; il y aurait des rouleaux de foin dans les champs, et Jessica Lea Mayfield chanterait pour moi des paroles fragiles, sa voix indolente couvrant les herbes alentour, et l’Indre, et la Creuse. Il y a bien longtemps que j’ai perdu mes impressions de ces endroits.

Je ne sais pas s’il faut mentir aux enfants. Les contes et les belles histoires font des adultes brisés par la perte, l’impact fracasse les corps tendres et fait se haïr les jeunes amants. J’ai toujours été déçu, par tout, hélas tout me plaît encore. C’est que je vois la difficulté dans chaque geste. J’ai besoin de rigueur, de Guevara dans son treillis, pour me sentir le courage de faire ce que font ceux que j’appelle encore à tort « les gens ». Mais les gens, c’est moi aussi ! et nous allons tous dans ces wagons sur des rails qui se ressemblent. Et c’est la mort, donc, immense, intarissable pourvoyeuse de questions sur lesquelles nous butons, avec toujours la même insolence. J’aimerais guérir, mais je ne sais pas de quoi.

(Crédits photographiques : Mer calme à Palavas, de Gustave Courbet. Photo (C) RMN-Grand Palais / Droits réservés.)

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