La chronique : opium des angoissés

Lana

J’aimais tant écrire que la chronique se muait en opiacé. Je préférais raconter ce que je vivais que vivre quoi que ce soit. Quand j’eus épuisé ma réserve d’instants, je me trouvai vide et, surtout, en manque. Je ne pouvais plus raconter, l’existence était un éternel parking de supermarché la nuit. Je ne voulais pas appeler la dame des ressources humaines, je voulais raconter que j’avais appelé la dame des ressources humaines. Terrible distorsion de la perception, nihilisme littéraire ; mépriser le quotidien au nom de sa mise en scène à venir. Chacun ses refuges, dit-on. Combien de cabanes d’altitude deviennent des carapaces d’où l’on n’ose plus sortir ? Combien de masques sont aussi des œillères ?

Aujourd’hui j’ai presque trente ans et je dois apprendre à rester conscient malgré le poison dans mon corps. Je n’arrêterai pas d’en prendre. Le monde sans lui est à mes yeux une illustration en 2D. Je fais partie de ces cerveaux mélancoliques qui ont besoin d’absolu. Mais l’absolu est dangereux. Il fait haïr la contingence, il s’attaque à la matière noire de l’être humain, matière sans quoi tout s’écroule. « La coke faut pas toucher c’est de la merde », disait Van Damme à la télé. « J’ai essayé moi de la battre… On peut pas la battre. Alors elle devient, quand on la connaît, elle devient un compagnon qu’on touche pas. Je suis allergique à la coke. C’est très simple. » Les drogués savent.

(Crédits photographiques : Lana Del Rey, corps électrique, chroniqueuse émérite. Capture d’écran.)

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