Bagarre ! (2)

Photo du 06-12-2015 à 22.14 #2

Tous les ans ça recommence… La faute à pas de chance… Je reconnais plus ma France… Etc…

Je la reconnais moi, peut-être parce que je la regarde de temps en temps. Vieille femme… Indigne… Pisseuse… Elle sent mauvais depuis toujours… Ses paysages partout me foutent le bourdon… Ses gens puent la défaite… Mythomanes, républicains pourris, démocrates mon cul… Et moi, je suis Staline ?… Voyez un peu ce que ça me fait : j’écris comme Céline… Pourquoi ?… L’aigreur… L’aigreur dans tout le corps, mon estomac rongé par un vinaigre qui n’est que la déconfiture de votre pinard que je hais. Vous ne me verrez pas boire une goutte de votre sale rouge, rouge comme vos faces de vieux bourgeois confits, de gros paysans propriétaires fonciers pleins de bon-sens-arrogance. Je ne vous aime pas. La moitié des gens qui m’ont vu grandir sont à foutre à la poubelle. Je m’en tape. C’est terminé. Ce n’est qu’un vote, un chiffre de plus à enregistrer, il ne change rien à l’état lamentable de vos âmes dévorées par la peur et la médiocrité. La France est un pays sinistre. Les autres aussi ? Peu importe. Comme disait ma mère à l’époque : on s’en fout des autres. Pas de relativisme. Note dégueulasse. Carton rouge. Point. Vous verrez quand ça vous tombera dessus. On a pendu Mussolini par les pieds. Y a pas d’autre joue qui tienne.

Traquez les chômeurs si ça vous chante. Demandez la police. Sélection sur catalogue. Un peu de poigne pour tenir vos corps de poules mouillées. Petits Français, regardez-vous : des bras grêles de travailleurs épuisés par l’angoisse ; des jambes de marcheurs ; un petit ventre, rond de la somme de vos ballonnements. Que ne souffrez vous de tous les soucis du monde… Un loyer à payer. Un crédit à rembourser. Une maison à protéger. Un chien à dresser. Un gosse à punir. Une jeunesse à corriger. Une bagnole à garer. Un boulot à conserver. Une retraite à toucher. Une complémentaire à gratter. Un cercueil à acheter. Une concession à réserver. Pauvres merdes. C’est pour sauver cette horreur que vous votez ce que vous votez ? Mais vous êtes vraiment la pire race de l’Univers. Du début à la fin en passant par toutes les saloperies du cosmos. Laguna. Sarkozy. Le Pen. Et pour les plus gentils, les bons et éclairés citadins aux écharpes chères, le Parti socialiste, la bonne conscience des fleurs de fumier. Regardez-vous. Regardez-moi ! Avec nos têtes à nous appeler Charlie… Lamentables…

Je vais pas tartiner ce carnet à chaque tour de chaque élection. La France est un pays raciste, c’est entendu, une vaste étendue d’où l’on appelle l’autorité de toutes ses forces. Tradition ! Réaction ! Silence dans le fond ! Des coups de pied, maître ! donnez-nous des coups de pieds.

Rien à foutre de vos appels à l’unité. L’unité c’est ce qui étouffe la grande fédération des douleurs depuis tant d’années. L’unité c’est la masse qui désigne d’un geste brusque les opprimés. Que le PS et les Républicains s’allient s’ils veulent sauver leurs fesses. On prend les mêmes et on recommence, des fois que ça change quoi que ce soit.

Ici c’est Paris, c’est à risque, on n’est plus là pour rire.

Aujourd’hui que les armes automatiques chantent dans les quartiers de la joie, je dis que ce pays qui en a vu d’autres devrait flamber pour de bon. Moi à mon âge j’ai enfin l’envie qui vient, l’envie sartrienne d’écrire contre moi, contre les miens − et encore, les miens ne sont pas les plus sauvages. Ils sont juste effrayés, les petits choux, alors ils demandent qu’on tape sur d’autres, sur les Gris, sur les Noirs, sur les voyous, sur les fainéants, sur les écolos, sur les étudiants, sur les gauchos, sur les féministes, sur les rappeurs, sur les réfugiés, sur les Pakistanais, sur les vendeurs à la sauvette. Ils exigent de la fermeté pour oublier que leurs tripes flottent dans cinq millions de mètres cubes de néant. J’ai envie de foutre un drapeau rouge à ma fenêtre. Tee-shirt vert dans salon morose, en garde, la bagarre commencée il y a trois ans, j’y reviens. Je suis salement socialiste, terriblement anarchiste, et pas pour rire. Un disque de Booba dans une main pour vous casser la bouche ; un pavé de Vallès dans l’autre pour vous fracturer les côtes. Je suis pas grand-chose mais vous allez m’entendre.

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