Tout a commencé, tout doit finir !

Soleil

J’ai bouché bien des trous dans les murs. Il faisait nuit dans l’appartement de Clignancourt. C’était la fin d’une époque. Pourquoi nous ? C’est une question qu’on ne se pose pas. « Quand tapir avoir peur, tapir foncer droit devant lui. » C’est pas ça dans Tintin ? On a balancé un tas d’objets dont on ne se servait plus. Nos peaux mortes. Frotté la baignoire encrassée. Le carrelage aussi. Dépecé notre vie d’avant. Au début, on faisait ça bien, on taillait de gros steaks dans la carcasse de l’animal mort. À la fin, c’était plus beau du tout. Elle et moi on grattait les os comme des malades. On avait envie d’être ailleurs.

Et puis, Pigalle. Toujours la nuit. En hiver, ça n’en finit pas. Elle est là tout le temps, partout. Elle tombe à cinq heures, ne laisse rien de la ville. L’ogre ! On a beau allumer des néons sur le boulevard, écrire SEXODROME en tout gros, ça reste l’obscurité, la terreur primaire. Mon ami était assis en face de moi. Tout à coup, il a dit que la nouvelle génération marchait sur ce monde, que quelque chose venait, quelque chose qui nous survivra. Et je n’y croyais pas. J’ai répondu : « C’est une blague ou pas ? » Non, c’était pas une blague. « 3-0 pour le Qatar. Encore une victoire du pognon ! », a dit un vieux à la table tout près. S’il avait tendu l’oreille, le vieux, il aurait entendu qu’on parlait du futur. C’est pas malin d’emmerder deux mecs qui parlent du futur. « Cinq mois. J’ai le temps de voir venir », a continué mon ami. Le temps ? Vraiment ? Cinq mois, c’est quoi ? Juste de quoi compter les doigts d’une seule main.

Oh non, tu n’as pas le temps mon gars… Tu n’as pas le temps. Aujourd’hui commence notre fin, et débute une époque qui ne nous concerne qu’à moitié. Tu feras comme tous les parents : « Tapir foncer droit devant ». Et tu le feras bien.

(Crédits photographiques : soleil voilé sur capitale, par l’auteur.)

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