Note sur la conscience

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Il faudrait quelque part que l’on puisse arrêter tout ça. Que l’on puisse arrêter la pluie ; que l’on puisse arrêter la mort. Il faudrait quelque part un lieu sans tempête où s’intéresser à la fin des obsessions. Je n’ai pas vu le monde se faire, je suis trop jeune et les pierres sont anciennes. Elles existaient avant moi, avant nous, avant l’histoire et la société, quand toute forme de vie prenait son temps pour devenir. Nous ne prenons pas le temps ; nous sommes dans l’urgence que nous inspire la conscience, la conscience d’être pris dans tout et de courir quelque part sans distinguer le chemin ni la destination. Et nous pensons et formulons l’urgence et la circonspection, nous noircissons des pages et des pages qui tombent derrière nous comme les pelures d’un oignon jamais nu, et nous nous plaignons amoureusement de ce que nous sommes trop intelligents pour oublier, mais pas assez pour comprendre.

La philosophie s’est dissoute à un moment où les sciences humaines naissaient avec la prétention de l’objectivité, et où la littérature je crois contestait ses principes en cherchant dans la forme un refuge pour la pureté. Mais la conscience n’est pas morte avec elle. Le structuralisme a échoué dans sa tentative de l’apaiser au chloroforme de sa technique, et la voici qui revient, plus aiguë que jamais, et qui nous fait détester ce monde où tout est têtes tournées et baume pour les yeux. Nous sommes des aveugles qui sentent venir l’obstacle, en même temps que des bêtes que l’on décharge à l’abattoir, et c’est pour ça que, de plus en plus, les vraies bêtes, on ne supporte plus de les voir mourir.

(Crédits photographiques : le ciel de Paris, un 30 mai. Par l’auteur.)

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