Clichy : un archiviste brûle un fonds contemporain sans grande valeur. 1 blessé léger.

Clichy

Ne me demandez pas ce que je pense de la dernière des polémiques qui agite le dernier des pays du dernier des mondes. Je suis loin de cette planète à l’heure qu’il est, je flotte quelque part entre une étoile et la carcasse défoncée d’un satellite désaffecté. J’ai regardé le ciel pour m’y perdre, parce que pour quelqu’un comme moi, la seule chance d’y monter c’est par les yeux, et c’est tant mieux, comme ça on n’aura pas le temps de s’ennuyer pendant une éternité qui n’intéresse personne.

Je suis loin, disais-je, loin d’une agitation que je ne comprends que trop bien, et qui nous a mis dans le rouge, tous, les femmes et les enfants d’abord, celles et ceux qui, le jour venu, comprendront que la foudre frappe toujours au même endroit, les mêmes têtes déjà grillées par des éclairs anguleux qui ressemblent à des « s ». L’histoire ne se répète pas, elle se contente de nous rappeler quelques fondamentaux ; elle nous les fout dans le crâne avec une brutalité qui varie, pour cinq ou cinquante ans, selon la quantité de plombs dans les tripes.

Il fait très chaud en France. Ma fenêtre en PVC est grande ouverte sur une rue des Hauts-de-Seine ; une rue d’un quartier poussiéreux qui ne ressemble que de loin à la ville infâme du docteur Destouches, de ce vieux raciste qui avait fini par se convaincre qu’entre Hitler et les Juifs, ce sont les Juifs qui cherchaient la bagarre. Comme quoi dans certaines circonstances, les certitudes les plus débiles naissent même dans les esprits les plus brillants. C’est ce qu’un archiviste appelle le contexte, description fondamentale pour qui veut saisir l’importance d’une trace, d’un document… Quel est le contexte ? De quel ensemble organique cohérent est extrait le discours ambiant ? Qui le produit ? Il se peut que les archives de notre époque ne méritent rien d’autre, passez-moi l’expression, que du PQ. Mais si les intellectuels de chaque décennie n’ont de cesse de cracher sur leurs contemporains, permettez-moi d’honorer cette tradition − au moins celle-ci !

(Crédits photographiques : Clichy de nuit, par l’auteur.)

Publicités