2017, ou le Nouveau monde

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2017 s’annonce étonnante. J’ai presque envie d’arrêter d’écrire ; hélas, je viens seulement de commencer. Je ne peux même pas vous signifier mon désarroi en me retirant dans une grande explosion. Si je partais, on entendrait à peine ce tout petit pétard au milieu des déflagrations monstrueuses de l’époque.

Quand j’étais jeune, il y a longtemps, à la fin du Vieux monde, je pouvais comprendre que des policiers me détestent à cause de mes idées, surtout quand je les disais sur la voie publique. Ce qui est embêtant aujourd’hui, c’est qu’on ne peut pas donner d’explications à quelqu’un qu’on martyrise parce qu’il est Noir. On ne peut pas lui dire : « Ça a toujours été comme ça », même si c’est vrai. On ne peut pas lui répondre : « Mais enfin, tu n’es pas Blanc ! » Il n’y a rien à dire. Les mots du Vieux monde ne protègent plus les criminels du Nouveau − et ils s’en plaignent ! eux qui sentent que leur immunité est sur le point d’être levée. Ils voient marcher sur eux des écorchés que les gaz irritants font hurler à la mort.

Je ne veux pas vivre en 2017. Je me sens dans la position du vieillard accroché au plongeoir, et que des gens essaient de mettre à l’eau. Je sais qu’il est déjà trop tard pour emprunter l’échelle. Je vais devoir sauter dans le bouillon infect qui va me rentrer dans le nez, me couler dans la gorge, et la foule en furie me crie des « Pisse dedans ! », comme s’il m’appartenait d’en modifier le goût. Mais je n’écris pas pour aujourd’hui. Je ne fais que balancer des bouteilles à la mer en espérant changer un continent que je ne verrai jamais.

Je suis coincé dans cet endroit plus menaçant qu’un volcan à deux minutes du débordement. J’entends des sons ronds émis par la bouche gélatineuse de Michel Onfray. Partout, on annonce Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Quand je tourne la tête pour ne plus voir ces horreurs, je suis forcé d’écouter la chanson des progressistes raisonnables. Ils s’apprêtent à voter PS, après cinq ans de coups de matraques, de cadeaux au grand patronat et de discours racistes. Le progressisme, oui ; mais le duplex à Jourdain, oui aussi !…

Vraiment, le Vieux monde n’en finit pas de se gâter, et j’ai souvent l’impression de frapper une énorme pêche pourrie. Quel sale boulot !

(Crédits photographiques : affrontements à Bobigny suite au rassemblement contre les violences policières. Capture d’écran de la vidéo de Taranis News intitulée Bobigny : le rassemblement #justicepourThéo termine en émeute.)

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