Notes sur le sexe (2)

Main

Ligne 13, métro Brochant. Tout est corps exposés dans des pubs, moiteur et puanteur, et les frotteurs là-dessous se régalent. Je me rends chez une femme incroyable. Tard dans la nuit, tandis que nous sommes allongés côte à côte, elle m’interroge : « Comment ça fonctionne pour toi ? » Ma poitrine soudain se fissure ; ça craque terrible. « Comment ça fonctionne ? »… Ce que j’en sais !…

Parfois je me suis trouvé fautif de ne pas dévorer plus de chair. Il eut fallu que je plonge dans bien des trous et que je caresse tant de peaux pour me sentir grandir. Mais je suis né garçon dans un monde où ce que doit être un homme me répugne. Chaque matin au réveil, je dégueule une partie de moi − la plus poilue, à la manière des chats. Je suis même tenté d’être abstinent, car enfin ce ne sont pas des conditions pour exercer.

Les mecs souvent sont affligeants. Ils bombent le torse et font semblant d’avoir autre chose à montrer que des os animés par un système musculaire plus ou moins atrophique. Je les imagine nus, avec les couilles qui pendent et le même petit sourire satisfait. Babouins !… La vie est grotesque au milieu de ce ramassis de dominants, de chasseurs, de collectionneurs, toujours au bord de l’agression à cause d’une éducation indigente balancée comme du charbon dans le feu de leurs hormones. Je leur en veux beaucoup de tout salir avec une telle décontraction.

C’est que je suis un chien également. J’ai des crocs moi aussi ; et une queue, comme on dit. Je les déteste parce que je leur ressemble. Ils sont des miroirs peu flatteurs pour qui veut croire en la possibilité d’une certaine élégance. Je suis dominant quelquefois, et je grogne… J’ai crevé de l’idée que celle que j’aimais avait embrassé d’autres corps. La vie est dure, vous le savez sans doute mieux que moi. Des émotions furieuses nous emportent plus sûrement que des crues. Cela demande qu’on ouvre le capot de temps en temps. D’où vient la fuite ? Comment ça fonctionne ?… Ces questions sont venues, il s’agit de ne pas les renvoyer.

(Crédits photographiques : une main, un morceau du ciel. Par l’auteur.)

Publicités