Carnet (1)

Le ciel

Cette odeur de chiottes publiques fraîchement javellisées, c’est chez moi. Dehors il fait chaud, encore plus que dans le métro. Des travaux de nuit barrent le boulevard. La ville ne m’a jamais paru aussi rêche. Un peu plus loin, au fond d’une cour intérieure, un autre chantier. C’est allumé. Une bagnole est garée devant l’entrée, un câble électrique planté dans la portière comme une perfusion dans le bras d’un malade. Des ouvriers qui viennent pomper du jus ? Pas très discret, en tout cas… Mes voisins du deuxième bédavent à en crever, ça pue dans tout l’escalier. Il est temps que je reparte. Dire que je reviens seulement !… Je suis tout cuit, tout bronzé (c’est relatif, pour une endive). Tout de même, ces voyages me réussissent. La nature du Sud-Ouest me donne des émotions d’ogre. J’ai envie de marcher pendant des heures, de nager, de respirer fort, de bouffer. Ce sont des paysages qui parlent à mon corps. Plus au nord, dans le Centre, disons dans une zone qui s’étend de Limoges à Vierzon, c’est une nature plus feutrée, presque vespérale, qui m’inquiète et me berce en même temps. Celle-ci parle à mon cœur. C’est la campagne des étés de mon enfance. Je ne la vois plus que depuis les trains que je prends pour remonter sur Paris. Thoiry sans les fauves, en somme.

(Crédits photographiques : le ciel dans les Hauts-de-Seine, par l’auteur.)

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