Note sur le courage en littérature

Poum

Ce qui m’attire chez Orwell, c’est cette façon de se foutre dans la merde, de se frotter aux pires difficultés. C’est comme s’il avait pour projet de courir au-devant des ennuis. À plusieurs reprises, bien qu’étant de santé fragile, il se met en position de subir pour décrire. À Paris, il s’essaie à la bohème, avant de rentrer en Angleterre pour se mêler aux vagabonds. Autour de 1935, il part pour le nord du pays afin d’y côtoyer des mineurs. Sa conviction est forgée. Un an plus tard, on le retrouve en Espagne, engagé dans l’armée populaire contre les fascistes. Cette attitude devant la difficulté possède une saveur particulière, que j’ai tendance à chercher dans les livres. C’est pour ça, par exemple, que j’ai tant aimé me plonger dans les carnets du Che. Il appréciait d’en baver, lui aussi. Il n’était pas tuberculeux, comme Orwell, mais asthmatique au dernier degré. Il y aurait d’ailleurs à creuser autour de la thématique de l’étouffement et du manque d’oxygène. Quoi qu’il en soit de ces thèses aériennes, ce genre d’écrits nous rappelle qu’il ne faut pas craindre le pire. Chacun peut trouver de bonnes raisons de s’affronter à des situations douloureuses, pour toiser ses angoisses et se tailler un chemin dans les ronces qui nous lacèrent le cœur. Cette leçon est capitale, surtout à une époque où il est constamment question de notre sécurité, et donc de nos peurs. En vérité, ni le danger ni la douleur ne sont des excuses pour se terrer. On ne peut pas abandonner sa liberté sous prétexte qu’on pète de trouille. C’est un enseignement qui vaut tous les anxiolytiques.

(Crédits photographiques : au fond, George Orwell surplombe une colonne du P.O.U.M. © Getty / Universal History Archive.)

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