L’herbe de Bruxelles

Bruxelles

Je me crois d’un naturel désespéré. La vérité de ce monde, tel que je suis en mesure de l’éprouver, c’est le désespoir. Non qu’il soit terne ou déprimant, au contraire. C’est simplement que je devine ce qu’il en est. Nous cherchons à faire qu’il y ait quelque chose plutôt que rien, et c’est de cette anxiété que découlent toutes les merveilles dont nous soyons capables. Je sais qu’il y a de quoi remplir dix vies, et à bien des égards j’ai eu mon compte. Je n’en conçois aucune amertume, je pense même avec plaisir aux bons moments qui m’attendent. Mais je sens dans chacune de mes cellules que tout pourrait s’arrêter sans que rien ne change vraiment. « Quelque chose », c’est tout pour nous, mais dans l’absolu, ce n’est pas très éloigné de « rien ». Cette pensée me coud les lèvres. Je suis pris d’un désespoir cotonneux, presque anxiolytique, qui ne m’accable pas mais qui m’éloigne de la vie et de son cœur brûlant. Je sens passer sur moi un courant d’air frais − le souffle d’une solitude des plus profondes, soit l’exact opposé de ce pour quoi nous sommes faits. Si ce n’est la mort de ma chair, c’est en tout cas celle de l’être humain que je suis. J’ai déjà connu cette langueur, je meurs de nouveau ce soir. À moins que ce ne soit le brouillard de Bruxelles…

(Crédits photographiques : Place royale à Bruxelles, Eugène Desplanques. Photo (C) RMN-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda.)

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