[Traversée]

Immondices françaises pourries au bord des voies ferrées. Le lierre prend les maisons, les arbres crèvent, le ciel est une grisaille uniforme.

1. Bourg-en-Bresse.

Quelques plaques de neige entre les arbustes. Le train à grande vitesse progresse péniblement le long d’un canal poisseux, sous des monts truffés de sapins.

« C’est là la montagne ! », s’écrie une moutarde. (Des bâches infâmes enserrent les flancs de la colline.)

« C’est incroyable, la pureté de la neige », dit un horrible adolescent dévoré par un duvet brun.

Tunnel. La locomotive hurle en perçant la roche. De la neige, partout, comme une pelade, laissant dépasser de raides brindilles. La brume s’accroche à la végétation, rétrécit le monde, l’étrangle. C’est laid. C’est l’endroit le plus laid sur terre. Nantua, Oyonnax, l’Ain… Le seul département dont les habitants n’ont pas de nom.

Touffes d’herbe marron dégueulant de murs de briques huileux. Sombre biologie, poteaux de bois, bâches encore. Traces de pneu sur parking détrempé. Nordahl Lelandais, serial killer. La Savoie n’est pas si loin. Combien de tueurs porte-t-elle en son sein, dans ces vallées où la mort le dispute à la mort ? Là sont les montagnes, pas dans l’Ain. L’Ain n’est qu’un placard où j’ai laissé des souvenirs estivaux. Un placard à balais, un chiotte.

2. Bellegarde-sur-Valserine.

Ne jamais visiter Bellegarde avant de mourir, ça gâche la surprise.

« Caca ! », crie la môme. « Bienvenue en Suisse », dit mon téléphone. Mais on ne fait que lécher la frontière avant de virer, direction la vallée de l’Arve.

3. Cluses.

La neige a reculé. Les terres sont un peu moins froides, elles se parent de rubans d’asphalte enchevêtrés. C’est urbain, petitement. Ici s’achève un voyage que j’ai fait mille fois, le long de ce torrent si glauque en hiver, où les usines ont bu et boiront encore.

4. Sallanches-Combloux-Megève.

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