Birthday is not payday

Mon compte en banque est un puits dans quoi viennent jeter leur seau toute une troupe de débiteurs ponctuels : administrateur de biens, fournisseur d’électricité, opérateur de réseau mobile, complémentaire santé, assurances, banque bien sûr, puisqu’en ce monde rien n’est gratuit, pas même l’air qu’on respire, et dont on paie la surveillance pour qu’il n’empoisonne pas les enfants.

Mon fric − ou plutôt, pour parler comme un économiste, le peu de droits que j’ai acquis sur la valeur − est un misérable tas de charbon, qui diminue au gré des pelletées arrachées par les prestataires, ces « salauds nécessaires » dont ne cessent de se plaindre soixante millions de consommateurs exsangues, la langue noire et gonflée d’avoir trop serré leur cravate.

De temps à autre, une marée acide se répand dans ma poitrine et fait grésiller mon cœur, mon pauvre cœur de trentenaire, rongé comme un morceau d’escalope plongé dans un verre de Coca. Mon intransigeance se liquéfie, la pureté de mes convictions soudain est amoindrie, atténuée, rabaissée, froissée. Je me redresse dans mon lit, le front mouillé de sueur, et je crie, la voix enrouée par l’effroi : « Birthday is not payday ».

Ma vie, tout à coup, n’est plus qu’un tableau rempli de chiffres, que j’additionne et que je soustrais la main tremblotante, dans l’espoir d’obtenir un résultat positif. Me voilà boutiquier, comptable acharné de mes sous, vivant avec une acuité nouvelle l’injonction qui nous est faite de survivre. Je suis un sauvage et je cherche une proie, des fruits, un tubercule, n’importe quoi qui s’ingère. Je suis homo sapiens, debout mais en danger, conscient mais désarmé, sans griffes ni crocs pour tuer, ce qui m’amène à m’interroger : « Suis-je fait pour la bagarre ? ».

Publicités