Culture

Van Damme et la mémoire. Tout vit encore quand on se souvient.

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Il y a des gens qui n’y ont aucun intérêt particulier et qui pourtant passent leur temps à penser. Ils ont l’air perdus sur des routes que personne n’emprunte, tant il faut marcher seul et longtemps pour les trouver. Jean-Claude Van Damme, par exemple, réfléchit plus que la plupart d’entre nous. C’est comme une lave qui se déverse sans arrêt, alors il brûle et se répand pour soulager son âme torturée comme une bâche qui a pris la pluie toute la nuit. Il n’est pas question de sublimer n’importe quoi pour faire le cake ; simplement, chacun a cette capacité d’inspirer l’autre. C’est ça, l’humanité.

Je ne place pas les réflexions de Van Damme sur le même plan que le travail théorique de Sartre. Je signale que les deux m’inséminent et me rendent ma fertilité, chacun à sa manière. Movie star ou philosophe, l’important est de développer une pensée originale, même si elle nous amène à faire l’éloge de Donald Trump. L’intelligence n’est pas un gage de lucidité, pas plus que la culture une garantie de pertinence. On s’en fout, quelque part, sans quoi la littérature n’existerait pas. On se contenterait de la politique, qui n’est pas si mauvaise, mais qui est assez triste quand elle est seule. Et peut-être assassine. Nous brûlons d’un feu qui, quel que soit le risque, doit être entretenu, avec une certaine inconséquence.

Je m’efface donc devant ce comédien et karatéka qui a dit un jour, en gros et en anglais, que chaque rencontre consiste avant tout à construire du souvenir. On ne pouvait mieux parler de cette race étrange qui passe son temps à enregistrer et à consigner les traces de sa propre existence, comme s’il fallait n’en rien perdre, et surtout tout transmettre à celles et ceux qui viendront, exactement comme on envoie des sondes aux confins de la galaxie. La vie n’a pas beaucoup de sens, au point qu’il faille fantasmer un Royaume des cieux, pauvre transcendance d’une condition organique déroutante ; mais sans mémoire, c’est carrément l’enfer avant l’heure. C’est pourquoi chaque instant partagé, même s’il se suffit tout à fait, est doublé par une membrane qui ne demande qu’à s’en détacher, et qui est l’embryon de son souvenir. Tout échange humain est au moins doublé ; en fait, duplicable à volonté, avec à chaque fois un petit remaniement inhérent à la manipulation du moulage.

« Every time you spend time with a person, whether it’s ten or twenty minutes, you build memories. »

(Crédits photographiques : Jean-Claude Van Damme dans Le Grand Tournoi. Image piquée sur le site mtv.com.)

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